Étape 1 — Conception \& Simulation
Sommaire du chapitre
- Étape 1 — Conception \& Simulation
- Objectifs de l'étape
- Rédaction du cahier des charges
- Sélection des composants
- Simulation du circuit
- Points de vigilance globaux
- Pourquoi rédiger un cahier des charges~?
- Les informations à définir
- Critères de sélection
- Vérification de la datasheet
- Erreurs fréquentes dans la sélection
- Pourquoi simuler~?
- Outils de simulation
- Ce qu'il faut simuler en priorité
- Limites de la simulation
- Fonctions principales et secondaires
- Contraintes d'alimentation
- Interfaces et connectivité
- Contraintes mécaniques
- Contraintes environnementales
- Contexte de production
Étape 1 — Conception \& Simulation
Objectifs de l'étape
La phase de conception et de simulation est la fondation de tout projet électronique sérieux. Elle précède toute ouverture de KiCad et conditionne l'ensemble des décisions techniques qui suivront. Une étape bien menée permet de :
Identifier les contraintes du projet avant de s'engager dans un choix technologique
Sélectionner des composants disponibles, à prix raisonnable et compatibles entre eux
Valider le comportement électrique du circuit avant toute fabrication physique
Réduire drastiquement le nombre d'itérations matérielles nécessaires
Rédaction du cahier des charges
Pourquoi rédiger un cahier des charges ?
Un projet sans cahier des charges est un projet sans cap. Même pour un prototype personnel, quelques heures passées à formaliser le besoin permettent d'éviter des semaines de reprise. Le cahier des charges n'a pas besoin d'être un document formel de 50 pages : une page A4 bien structurée suffit pour un projet de taille modeste.
Les informations à définir
Fonctions principales et secondaires
Lister exhaustivement toutes les fonctions attendues du circuit, en distinguant :
Fonctions principales : ce que le circuit doit impérativement faire (par exemple : mesurer une température, piloter un moteur, envoyer des données via WiFi)
Fonctions secondaires : ce qui serait souhaitable mais non bloquant (par exemple : afficher la valeur sur un écran, mémoriser les données sur carte SD)
Fonctions futures : ce qui pourrait être ajouté dans une révision ultérieure (prévoir les empreintes vides dès maintenant si pertinent)
Contraintes d'alimentation
Source d'alimentation disponible : secteur 230 V, batterie Li-Ion, pile, USB 5 V, alimentation de labo
Tension(s) de fonctionnement requises : 3,3 V, 5 V, 12 V, mixte ?
Courant maximal consommé : dimensionne les régulateurs, les pistes de puissance et les condensateurs de découplage
Autonomie souhaitée si alimentation sur batterie : dicte la stratégie de gestion d'énergie (modes veille, fréquence d'échantillonnage réduite, etc.)
Contraintes de consommation en veille : critique pour les objets connectés sur batterie
Interfaces et connectivité
Capteurs et actionneurs à interfacer : type de signal (analogique, I2C, SPI, UART), tension logique, fréquence de communication
Interfaces homme-machine : boutons, potentiomètres, écran LCD ou OLED, LEDs
Connectivité externe : WiFi, Bluetooth, LoRa, câble USB, RS-485
Connecteurs mécaniques : type de connecteurs (JST, Molex, bornier, RJ45), nombre de broches, courant admissible
Contraintes mécaniques
Dimensions maximales du PCB : s'intègre-t-il dans un boîtier existant ?
Forme du PCB : rectangulaire, avec découpes, forme spéciale ?
Emplacements des fixations mécaniques : trous de vis, inserts, rails DIN
Hauteur maximale des composants : contrainte de hauteur dans un boîtier
Positionnement imposé de certains éléments : connecteurs sur le bord, LEDs visibles par une fenêtre, etc.
Contraintes environnementales
Plage de température de fonctionnement : industrielle ($-40°C$ à $+85°C$) ou commerciale ($0°C$ à $+70°C$) ?
Humidité, condensation : nécessite-t-on un revêtement de protection (vernis de tropicalisation) ?
Vibrations et chocs : renforcer les fixations des composants lourds (gros condensateurs, transformateurs)
Exposition aux perturbations électromagnétiques : blindage, filtrage d'entrée, certification CEM requise ?
Contexte de production
Prototype unique ou petite série : oriente vers des composants en boîtier traversant (DIP) ou CMS selon le moyen d'assemblage disponible
Production industrielle : nécessite des composants disponibles sur le long terme, des empreintes compatibles avec le Pick \& Place, une BOM optimisée
Budget : impacte directement la sélection des composants et du nombre de couches du PCB
contNe pas confondre tension d'alimentation et tension logique. Un composant peut s'alimenter en 5 V mais avoir des broches de communication à 3,3 V. Un niveau logique incompatible peut détruire définitivement un microcontrôleur ou un capteur.ent
Sélection des composants
Critères de sélection
Le choix d'un composant ne se réduit pas à ses performances techniques. Plusieurs critères sont à considérer simultanément :
Disponibilité : le composant est-il en stock chez les distributeurs courants (Mouser, Farnell, LCSC, DigiKey) ?
Prix : coût unitaire et coût à la quantité souhaitée
Délai d'approvisionnement : certains composants (microcontrôleurs, mémoires, FPGA) peuvent avoir des délais de plusieurs semaines voire mois
Boîtier : compatibilité avec vos moyens de soudure (CMS fin pitch, BGA inaccessibles sans équipement adapté)
Documentation : datasheet complète, notes d'application, exemples de schémas de référence
Pérennité : le composant est-il en production active ou en fin de vie (NRND, EOL) ?
Alternatives : existe-t-il un composant de remplacement compatible broche à broche en cas de rupture de stock ?
Vérification de la datasheet
La datasheet est le document de référence absolu pour tout composant. Avant de valider un choix, il est impératif de vérifier :
Absolute Maximum Ratings : tensions, courants et températures à ne jamais dépasser sous peine de destruction irréversible
Recommended Operating Conditions : plage de fonctionnement normal garantissant les performances annoncées
Schéma d'application typique : le fabricant fournit souvent un schéma de référence avec les composants externes requis (condensateurs de découplage, résistances de tirage, etc.)
Tableau des broches (Pinout) : vérifier le brochage exact, notamment pour les boîtiers non standards
Timing diagrams : pour les composants de communication, vérifier les contraintes de timing compatibles avec votre microcontrôleur
Ne jamais se fier uniquement à la description commerciale d'un composant. La datasheet prime toujours sur toute autre source d'information, y compris les bibliothèques KiCad qui peuvent contenir des erreurs.
Erreurs fréquentes dans la sélection
Choisir un composant uniquement disponible chez un seul distributeur
Oublier de vérifier la tension logique des broches de communication
Sélectionner un boîtier CMS à pas trop fin ($< 0,5\,\text{mm}$) sans disposer du matériel de soudure adapté
Ne pas prévoir de composant de remplacement en cas de rupture de stock
Ignorer les condensateurs de découplage mentionnés dans la datasheet
Choisir un composant marqué NRND (Not Recommended for New Design) ou EOL (End Of Life)
Simulation du circuit
Pourquoi simuler ?
La simulation permet de valider le comportement du circuit dans un environnement virtuel, sans risque de détruire des composants réels et sans coût de fabrication. Elle est particulièrement utile pour :
Vérifier la stabilité d'un régulateur de tension ou d'un amplificateur opérationnel
Valider les niveaux de tension et de courant aux points clés du circuit
Observer les transitoires lors des commutations (inrush current, surtensions)
Dimensionner les composants passifs (résistances, condensateurs) par itération rapide
Anticiper les problèmes d'intégrité du signal sur les lignes rapides
Outils de simulation
LTspice : outil gratuit d'Analog Devices, très complet, large bibliothèque de modèles SPICE. Référence pour la simulation analogique.
KiCad Simulator : intégré directement dans KiCad (basé sur ngspice), permet de simuler directement depuis le schéma. Pratique pour les vérifications rapides.
Falstad Circuit Simulator : simulateur en ligne accessible depuis un navigateur, idéal pour des vérifications simples et pédagogiques.
Multisim / Proteus : outils professionnels avec simulation mixte analogique/numérique et bibliothèques de microcontrôleurs.
Ce qu'il faut simuler en priorité
Étages d'alimentation : vérifier la stabilité des régulateurs, le ripple en sortie, le comportement au démarrage et en charge
Filtres : valider la fréquence de coupure et l'atténuation des filtres passe-bas ou passe-haut
Circuits de commande : vérifier le bon pilotage des transistors MOSFET ou bipolaires (temps de commutation, dissipation thermique)
Circuits de protection : valider le comportement des protections en surtension, surintensité et inversion de polarité
Interfaces de communication : vérifier les niveaux de tension des résistances de tirage I2C, la terminaison des lignes SPI rapides
Limites de la simulation
La simulation ne remplace pas les tests sur le matériel réel. Ses limites principales sont :
Les modèles SPICE sont des approximations : les comportements réels peuvent différer, surtout aux fréquences élevées
Les effets parasites du PCB (inductances de piste, capacités inter-pistes, résistance des vias) ne sont pas pris en compte dans une simulation schématique simple
Certains composants n'ont pas de modèle SPICE disponible
La simulation thermique n'est généralement pas intégrée dans les simulateurs SPICE standards
Points de vigilance globaux
Toujours partir du schéma de référence du fabricant (Application Note) comme base de travail
Vérifier systématiquement la compatibilité des niveaux logiques entre tous les composants qui communiquent ensemble
Penser dès maintenant aux points de test : prévoir des pastilles de test (test points) sur les signaux critiques
Anticiper le debug : une LED de signalisation d'alimentation et un connecteur de programmation/debug sont indispensables sur tout prototype
Documenter les choix techniques dès cette étape : un schéma sans commentaires est incompréhensible six mois plus tard