Étape 2 — Schématique
Sommaire du chapitre
- Étape 2 — Schématique
- Objectifs de l'étape
- Prise en main de l'outil schématique KiCad
- Organisation du schéma
- Placement des symboles
- Les composants passifs essentiels
- Annotations et propriétés des composants
- Vérification des symboles
- Pré-commande des composants
- Erreurs fréquentes à éviter
- L'éditeur de schéma Eeschema
- Organisation du projet KiCad
- Découpage en blocs fonctionnels
- Utilisation des labels et des net ties
- Utilisation des feuilles hiérarchiques
- Bonnes pratiques de placement
- Les symboles d'alimentation
- Les condensateurs de découplage
- Les résistances de tirage (pull-up / pull-down)
- Les résistances de limitation de courant pour les LEDs
- Les références
- Les valeurs
- Les propriétés additionnelles (champs personnalisés)
- Correspondance symbole / composant réel
- Création d'un symbole personnalisé
- Vérification de la disponibilité
- Identifier les alternatives
Étape 2 — Schématique
Objectifs de l'étape
La schématique est le document central du projet électronique. Elle représente de manière symbolique l'ensemble des composants et leurs interconnexions électriques. C'est à partir d'elle que sera généré le PCB, la BOM (liste de composants) et les fichiers de production. Un schéma propre, bien organisé et correctement annoté est indispensable pour :
Permettre la vérification et la relecture par un tiers
Faciliter le debug futur du circuit réel
Servir de référence pour toute modification ou révision
Générer automatiquement une BOM fiable et exploitable
Prise en main de l'outil schématique KiCad
L'éditeur de schéma Eeschema
KiCad dispose d'un éditeur de schéma intégré appelé Eeschema. Il permet de placer des symboles de composants, de les relier par des fils et des labels, d'ajouter des marqueurs d'alimentation et d'annoter les composants.
Organisation du projet KiCad
Un projet KiCad génère plusieurs fichiers. Dès cette étape, les fichiers concernés sont :
projet.kicad\_pro: fichier projet principal, contient les paramètres globauxprojet.kicad\_sch: fichier du schéma électrique (format texte lisible)projet-backups/: dossier de sauvegardes automatiques générées par KiCad
Versionner son projet KiCad avec Git dès le début est une excellente pratique.
Les fichiers .kicad\_sch et .kicad\_pcb sont des fichiers texte : Git peut en afficher les différences ligne par ligne, ce qui permet de retrouver l'origine d'une erreur introduite entre deux révisions.
Organisation du schéma
Découpage en blocs fonctionnels
Un schéma bien structuré est découpé en zones fonctionnelles distinctes et clairement délimitées :
Bloc alimentation : régulateurs, condensateurs de découplage, protections (fusible, TVS, diode de protection inversion polarité)
Bloc microcontrôleur : le composant principal avec ses broches de programmation, de reset, de débogage, et ses condensateurs de découplage
Blocs d'interface : capteurs, actionneurs, drivers, chaque interface dans sa propre zone
Bloc connectique : connecteurs d'entrée/sortie vers l'extérieur (alimentation, communication, périphériques)
Bloc de debug et de test : connecteurs JTAG/SWD, LEDs de test, points de test
Utilisation des labels et des net ties
Plutôt que de tracer de longs fils qui traversent toute la feuille, on utilise des labels de net pour nommer les signaux et les relier logiquement sans connexion physique visible :
Un label
UART\_TXplacé sur la broche TX du microcontrôleur est automatiquement connecté à tout autre labelUART\_TXdu schémaLes labels rendent le schéma beaucoup plus lisible et facilitent la relecture
Les noms de labels doivent être explicites et cohérents : préférer
SPI1\_MOSIàDATAouSIG1
Utilisation des feuilles hiérarchiques
Pour les projets complexes, KiCad permet de diviser le schéma en feuilles hiérarchiques : chaque sous-système est représenté dans sa propre feuille, reliée à la feuille principale par des ports hiérarchiques. Cela améliore considérablement la lisibilité pour les projets de grande taille.
Placement des symboles
Bonnes pratiques de placement
Orienter les composants de manière cohérente : les entrées à gauche, les sorties à droite, l'alimentation en haut, la masse en bas
Laisser suffisamment d'espace entre les composants pour placer les fils et les labels sans surcharge visuelle
Regrouper les composants passifs (résistances, condensateurs) à proximité immédiate du composant qu'ils servent
Aligner les composants sur la grille pour des connexions propres et sans ambiguïté
Les symboles d'alimentation
Les symboles VCC, GND, +3V3, +5V sont des connecteurs logiques spéciaux qui relient implicitement tous les points du même nom. Règles à respecter :
Utiliser des noms de nets d'alimentation cohérents sur tout le schéma
Ne jamais connecter directement un
+5Vet un+3V3sans régulateur intermédiaireDistinguer les rails d'alimentation analogique (
AVCC,AGND) des rails numériques (VCC,GND) si le circuit le nécessite
Un net d'alimentation mal nommé (par exemple VCC au lieu de +3V3) peut provoquer une connexion implicite non souhaitée entre deux rails de tensions différentes. Vérifier systématiquement la liste des nets d'alimentation avant de lancer l'ERC.
Les composants passifs essentiels
Les condensateurs de découplage
Les condensateurs de découplage sont des condensateurs céramique de faible valeur (typiquement $100\,\text{nF}$) placés au plus près des broches d'alimentation de chaque circuit intégré. Ils filtrent les transitoires de courant provoqués par les commutations internes du composant et stabilisent la tension d'alimentation locale.
Valeur standard : $100\,\text{nF}$ en céramique (X7R ou X5R) par broche VCC
Ajouter un condensateur de bulk ($10\,\mu\text{F}$ à $47\,\mu\text{F}$) pour les composants à forte consommation dynamique
Les placer dans le schéma directement sur la broche d'alimentation du composant, pas « quelque part » sur le net
Oublier les condensateurs de découplage est l'une des erreurs les plus fréquentes et les plus invisibles : le circuit peut sembler fonctionner en conditions normales mais présenter des comportements erratiques sous charge ou à haute fréquence.
Les résistances de tirage (pull-up / pull-down)
Pour les lignes de communication open-drain comme l'I2C ou les entrées de reset actif bas, des résistances de tirage sont nécessaires :
Pull-up : résistance reliée entre le signal et VCC, maintient le signal à l'état HAUT au repos
Pull-down : résistance reliée entre le signal et GND, maintient le signal à l'état BAS au repos
Valeur typique pour I2C : $4,7\,\text{k}\Omega$ en mode Standard, $2,2\,\text{k}\Omega$ en mode Fast
Valeur typique pour reset actif bas : $10\,\text{k}\Omega$
Les résistances de limitation de courant pour les LEDs
Chaque LED doit être associée à une résistance de limitation de courant calculée en fonction de la tension d'alimentation et du courant nominal de la LED :
$$ R = \frac{V_{alim} - V_{LED}}{I_{LED}} $$
Avec typiquement $V_{LED} \approx 2\,\text{V}$ (rouge/jaune) ou $3\,\text{V}$ (bleue/blanche) et $I_{LED} \approx 5\,\text{mA}$ à $20\,\text{mA}$.
Annotations et propriétés des composants
Les références
Chaque composant doit avoir une référence unique (R1, C3, U2, LED1, etc.). KiCad peut annoter automatiquement tous les composants via Outils → Annoter le schéma.
Les valeurs
Chaque composant doit avoir une valeur renseignée :
Résistance : valeur en ohms (
10k,4k7,100R)Condensateur : valeur avec unité (
100nF,10uF)Circuit intégré : référence commerciale exacte (
STM32F103C8T6,LM317)Connecteur : type et nombre de broches (
Conn\_01x04)
Les propriétés additionnelles (champs personnalisés)
KiCad permet d'ajouter des champs personnalisés à chaque composant, exploités lors de la génération de la BOM :
Manufacturer: fabricant du composantMPN: Manufacturer Part Number (référence fabricant exacte)Supplier: distributeur (Mouser, Farnell, LCSC)SPN: Supplier Part Number (référence distributeur)Datasheet: lien vers la datasheet
Renseigner le MPN dès la création du schéma est un gain de temps considérable : la BOM générée en fin de projet sera directement exploitable pour la commande des composants, sans avoir à retrouver chaque référence une par une.
Vérification des symboles
Correspondance symbole / composant réel
Chaque symbole utilisé dans le schéma doit correspondre exactement au composant physique :
Vérifier le brochage pin par pin avec la datasheet (les bibliothèques KiCad peuvent contenir des erreurs)
Vérifier la numérotation des broches : certains composants ont une numérotation non intuitive
Vérifier la polarité des composants polarisés (condensateurs électrolytiques, LEDs, diodes, transistors)
Vérifier que le symbole correspond au bon boîtier (un même composant peut exister en DIP, SOIC, QFP — le symbole est commun mais l'empreinte diffère)
Création d'un symbole personnalisé
Si le composant n'existe pas dans les bibliothèques KiCad, il est nécessaire de créer un symbole personnalisé via l'éditeur de symboles. Points de vigilance :
Copier le brochage exactement depuis la datasheet, page Pin Configuration
Bien renseigner le type de chaque broche (Input, Output, Power, Passive, Open Collector, etc.) — ces informations sont utilisées par l'ERC
Créer le symbole dans une bibliothèque de projet dédiée (ne pas modifier les bibliothèques officielles KiCad)
Sauvegarder et versionner la bibliothèque de symboles avec le projet
Pré-commande des composants
Vérification de la disponibilité
Dès que le schéma est suffisamment avancé, vérifier la disponibilité des composants critiques :
Consulter les stocks sur Mouser, Farnell, DigiKey, LCSC
Vérifier les délais d'approvisionnement pour les composants à long délai
Identifier les composants avec une seule source d'approvisionnement et prévoir une alternative
Vérifier que les quantités minimales de commande sont compatibles avec vos besoins
Identifier les alternatives
Pour chaque composant critique, identifier au minimum un composant de remplacement compatible :
Même brochage (drop-in replacement) ou brochage légèrement différent ?
Mêmes caractéristiques électriques (tension, courant, fréquence) ?
Même boîtier ?
L'empreinte PCB doit-elle être modifiée pour accueillir l'alternative ?
Erreurs fréquentes à éviter
Broches flottantes : toute broche non connectée doit être explicitement mise à GND, VCC, ou marquée
Non Connected(X dans KiCad). Une entrée flottante capte les perturbations électromagnétiques et peut provoquer un comportement imprévisible.Court-circuit d'alimentation : deux nets d'alimentation de tensions différentes reliés par erreur (label mal orthographié)
Oubli du condensateur de découplage : systématique sur toutes les broches VCC de chaque CI
Inversion RX/TX : sur une liaison UART, le TX de l'appareil A se connecte au RX de l'appareil B. L'erreur d'inversion est extrêmement courante.
Inversion SDA/SCL : moins grave qu'un court-circuit, mais le bus I2C ne fonctionnera pas
Oubli de la résistance de limitation : une LED connectée directement à une sortie de microcontrôleur sans résistance détruira la sortie du GPIO
Niveau logique incompatible : connecter directement une sortie 5 V à une entrée 3,3 V sans pont diviseur ni level-shifter
Schéma non annoté : générer le PCB avec des composants non annotés (référence ?) provoque des erreurs en cascade